
Que se passe-t-il quand la personne qui nous a donné la vie est en train de s'éteindre ?
On revient sur son propre passé, sur les non-dits que nous avons choisi d'enfouir.
D'où venons nous et vers quoi irons nous ?
Quel avenir se dessine… après l'inévitable ?
Ce dialogue comme un va-et-vient entre la banalité de la vie et la présence toute proche de la mort. Entre la terre et le ciel. Entre la lumière et l'ombre.
« Blanc » est une parenthèse dans la vie de ces deux soeurs, un moment d'attente, de doute, où l'on tourne en rond et réalise qu'il est temps de se parler. Du drame de la situation naît le dialogue, celui qui compte et permet d'avancer. Entre ces deux femmes, se joue presque un duel, à la fois touchant et poignant. Elles ont une conception de la vie et des caractères opposés. L'aînée toujours à fleur de peau, incarne un personnage perdu et blessé qui se confronte avec l'énergie de sa cadette. L'une ayant choisi la sécurité familiale et la maternité tandis que l'autre tente de vivre du métier de comédienne dont la précarité lui donne l'impression de ne pas s'affirmer complètement.
C'est ce que je souhaite mettre en avant, en marquant la confrontation dans un espace unique (une salle à manger). En retrait de cette pièce, une chambre - lieu du drame - dont on ne devine que la porte et dont l'évocation fait pourtant surgir querelles enfouies et souvenirs. C'est une pièce épurée aux dialogues efficaces, portée par l'humanité des deux personnages. Malgré leurs incompréhensions, on devine qu'une immense tendresse les lie.
« Blanc » comme un vide, symbole de la période de latence à laquelle se confrontent les deux femmes. Un décor pur (des lessives étendus, une table, deux chaises, un buffet), qui disparait derrière les draps étendus au fil des jours, permet de mettre en valeur l'intimité de la situation et d'écouter avant tout les paroles des personnages.
Dans ce désordre des sentiments face à l'attente de la mort de leur mère, les deux soeurs se raccrochent aux gestes du quotidien (préparer une recette de cuisine, faire du thé, rouler une cigarette.) comme à une bouée de secours, pour maintenir la souffrance à distance. Les comédiennes auront pour tâche de faire monter cette intensité tragique tout en incluant par touches des respirations de légèreté et d'humour.
« Blanc » c'est avant tout un texte rempli d'émotions, qui peut faire tour à tour sourire ou émouvoir. Un texte humain, écrit sur le rythme de la respiration, qui trouve sa résonnance en chacun de nous car en évoquant la mort on parle surtout de la vie.